Mettre fin aux Khmers rouges : comment le Vietnam a mis un terme à l’Holocauste oublié d’Asie
Au Cambodge, la beauté et l’intelligence devinrent des crimes : les belles furent forcées d’épouser les laids, les instruits de se marier avec les illettrés. Les villes, les hôpitaux et les écoles furent effacés de la carte. Des millions d’êtres humains furent massacrés à une échelle industrielle pour forger une « race maîtresse » khmère. Ce fut un Holocauste fasciste du XXᵉ siècle — non pas en Allemagne ou ailleurs en Europe, mais en Asie — largement oublié au-delà de ses frontières (Chandler, 1999 ; Kiernan, 2008).
Le Vietnam fut la seule nation à affronter et à vaincre ce cauchemar, tandis que les États-Unis, les autres puissances occidentales et la Chine restaient passifs — voire le défendaient. Seule la résistance vietnamienne mit fin à l’horreur (Rowley, 2011 ; Chanda, 1986).
Aujourd’hui, alors que le XXIᵉ siècle voit se dérouler un nouvel Holocauste visant les Palestiniens aux mains d’une « race élue de Dieu » autoproclamée, la mémoire du cauchemar cambodgien resurgit. L’Holocauste asiatique — comme la tragédie juive européenne — fut mû par la même idéologie mortifère de suprématie raciale. Mais il attira bien moins d’attention, laissant au monde le soin d’en ignorer les leçons.
L’ascension des Khmers rouges
Pol Pot, né Saloth Sar en 1925, s’éleva à la tête des Khmers rouges, le parti radical et prétendument maoïste du Cambodge (Chandler, 1999). Bien qu’influencé à l’origine par le marxisme-léninisme, il en déforma profondément les principes pour en faire une vision nationaliste grotesque. Contrairement au socialisme internationaliste du Vietnam ou de Cuba, la vision de Pol Pot exigeait une purification raciale et culturelle totale — la création d’une « race maîtresse » khmère forgée dans la terreur. Des siècles de tensions avec le Vietnam et la peur d’une domination vietnamienne alimentèrent sa paranoïa. Pol Pot désigna alors les Vietnamiens, les Chinois et d’autres minorités ethniques comme des menaces existentielles, justifiant ainsi les mesures extrêmes prises pour « purifier » le Cambodge. En pratique, son idéologie ressemblait bien davantage aux doctrines raciales d’Hitler, de Mussolini, voire à certaines formes de nationalisme sioniste, qu’à la pensée de Karl Marx (Kiernan, 2008).
En 1975, à la suite de la démission du roi Sihanouk, Pol Pot proclama la « Kampuchéa démocratique ». Les centres urbains furent vidés, les écoles fermées, les hôpitaux détruits, et la monnaie abolie. Des millions d’intellectuels, de professionnels et de « déviants » présumés furent exécutés ou moururent d’épuisement dans les camps de travail forcé. Même ceux qui portaient des lunettes étaient considérés comme des ennemis d’Angkar, « l’Organisation » khmère rouge qui exerçait un pouvoir absolu. Les civils vietnamiens vivant près de la frontière furent la cible de raids d’une brutalité extrême. Entre 1975 et 1979, environ deux millions de Cambodgiens — soit près d’un quart de la population — périrent (Chandler, 1999 ; Rowley, 2011).

La réponse du Vietnam et la libération du Cambodge
Dans un premier temps, le Vietnam privilégia la diplomatie, mais les massacres répétés — dont l’assassinat de plus de 3 000 villageois à Ba Chúc, côté vietnamien de la frontière, en 1978 — rendirent l’intervention militaire inévitable (Rowley, 2011 ; Chanda, 1986). La virulente vietnamophobie de Pol Pot et de son régime avait fait des Vietnamiens ethniques des cibles prioritaires au Cambodge. Les tensions s’intensifièrent encore lorsque, le 20 juillet 1977, Hun Sen, jeune officier khmer rouge, fit défection au Vietnam et appela à l’intervention, préparant ainsi le terrain à une réponse militaire décisive.
En 1979, des centaines de milliers de volontaires vietnamiens franchirent la frontière pour soutenir les forces cambodgiennes opposées au régime génocidaire. Le 7 janvier, Phnom Penh tomba, marquant la fin du règne de terreur de Pol Pot. Le nouveau gouvernement de Hun Sen fut instauré, et en 1981, les Khmers rouges renoncèrent officiellement — et paradoxalement — au communisme, une idéologie qu’ils n’avaient appliquée qu’en surface (Rowley, 2011). Les forces vietnamiennes poursuivirent les combats pendant près d’une décennie pour éliminer les restes des forces khmers rouges et stabiliser le Cambodge.
Les soldats vietnamiens furent également chargés de récupérer les dépouilles de leurs camarades tombés au combat, illustrant les dimensions humaines et éthiques de leur mission. Des milliers de corps furent rapatriés, témoignant de l’engagement durable du Vietnam en matière de solidarité et de responsabilité (Rowley, 2011).

J'ai interviewé des survivants de cet holocauste au Cambodge ainsi que des soldats vietnamiens qui les ont libérés. Regardez-le ici.
Tensions géopolitiques : Chine, États-Unis et URSS
L’intervention cambodgienne s’inscrit dans un contexte de tensions accrues le long de la frontière nord du Vietnam. Après avoir consolidé son pouvoir, Deng Xiaoping réorienta le soutien de la Chine du Vietnam vers les Khmers rouges, fournissant armes, financements et assistance logistique (Brzezinski, 1983 ; Chanda, 1986). Les États-Unis, cherchant à contenir l’influence soviétique, apportèrent un soutien tacite à la Chine et à Pol Pot, tandis que le Royaume-Uni, la Thaïlande et Singapour aidèrent également les Khmers rouges (Munro & O’Dwyer-Russell, 1999).
Le 17 février 1979, la Chine lança une invasion à grande échelle du nord du Vietnam avec 300 000 soldats et 400 chars, sous prétexte d’une « guerre punitive ». En réalité, cette invasion visait à détourner l’attention du Vietnam du Cambodge et à renforcer les Khmers rouges. Les forces chinoises commirent des atrocités contre les civils, notamment le massacre de 43 villageois dans le village de Truong (Chanda, 1986 ; Rowley, 2011).
La guerre frontalière fit plus de 26 000 victimes vietnamiennes. Malgré des affrontements sporadiques qui se poursuivirent tout au long des années 1980, le Vietnam se retira enfin du Cambodge en 1989. Deux ans plus tard, en 1991, les relations avec la Chine furent officiellement normalisées sous la présidence de Jiang Zemin (Rowley, 2011).
La complicité occidentale
Même après la chute de Pol Pot, les Khmers rouges survécurent grâce au soutien international :
États-Unis : ont secrètement fourni 85 millions de dollars d’aide entre 1980 et 1986 et détourné des programmes humanitaires au profit des forces khmères rouges (Rowley, 2011 ; Brzezinski, 1983).
Royaume-Uni : des unités du SAS formèrent les troupes khmères rouges aux explosifs, aux roquettes et à la guerre psychologique (Munro & O’Dwyer-Russell, 1999).
Thaïlande et Singapour : ont servi de centres logistiques et de refuges pour les dirigeants khmers rouges (Rowley, 2011).

Pendant ce temps, seules l'URSS et la Tchécoslovaquie soutenaient ouvertement le Vietnam et condamnaient les Khmers rouges. L'ONU a reconnu le « Kampuchea démocratique », le gouvernement en exil des Khmers rouges, comme le gouvernement légitime du Cambodge, tandis que le Vietnam a dû subir des sanctions et l'isolement international jusqu'en 2006 (Rowley, 2011). Cet épisode a révélé la profonde hypocrisie de l'Occident : tout en proclamant sans relâche son engagement en faveur des droits de l'homme, il a non seulement ignoré l'un des régimes les plus brutaux et systématiquement oppressifs du XXe siècle, mais il a même facilité ses actions.
La « seconde vie » des Khmers rouges
Militairement défaits, les Khmers rouges se regroupèrent le long de la frontière thaïlando-cambodgienne, formèrent l’Armée nationale du Kampuchéa démocratique (ANKD) et rejoignirent le Gouvernement de coalition du Kampuchéa démocratique (GCKD). Parallèlement, la Chine, les États-Unis et l’ASEAN fournirent des ressources pour de nouvelles attaques contre le Cambodge soutenu par le Vietnam (Rowley, 2011).
Malgré ce soutien extérieur, les Khmers rouges ne retrouvèrent jamais un contrôle significatif à l’intérieur du pays. À la fin des années 1980, leur pertinence stratégique avait diminué avec la fin de la guerre froide. Pol Pot mourut en 1998, et Ta Mok — mieux connu sous le surnom de « Le Boucher », l’une des figures les plus notoires du régime et fidèle soutien de Pol Pot — fut capturé en 1999, marquant l’effondrement définitif du mouvement (Rowley, 2011 ; Chandler, 1999).
Perspective humanitaire : la solidarité vietnamienne
Vietnam’s intervention was born of compassion and solidarity—not of profit or political ambition. Soldiers volunteered, often at the cost of their own lives, to shield Cambodian civilians from the horrors of the Khmer Rouge. In 2014, Prime Minister Hun Sen reflected,
L’intervention vietnamienne naquit de la compassion et de la solidarité — non de la recherche de profit ou d’ambition politique. Les soldats se portèrent volontaires, souvent au prix de leur vie, pour protéger les civils cambodgiens des horreurs des Khmers rouges. En 2014, le Premier ministre Hun Sen déclarait :
« Sans l’intervention du Vietnam, il n’y aurait ni moi, ni le Cambodge, ni la vie pour des millions de Cambodgiens. » (Hun Sen, 2014)
C’est là l’essence même de la véritable solidarité envers les opprimés : agir avec détermination lorsque le monde détourne le regard, en plaçant la vie humaine au-dessus de l’idéologie, de l’opportunisme ou des courants géopolitiques.
Conclusion
L’intervention vietnamienne au Cambodge (1979–1989) demeure un puissant témoignage du courage moral face à une horreur inimaginable. Contre toute attente, et alors que le pays se relevait encore des conséquences dévastatrices de la guerre américaine, le Vietnam mit fin à l’un des génocides les plus meurtriers du XXᵉ siècle, repoussa l’agression étrangère et navigua dans les eaux traîtresses de la guerre froide — plaçant l’humanité au‑dessus de la politique.
L’ascension, la chute et la « seconde vie » des Khmers rouges révèlent la combinaison mortelle d’idéologie, d’autoritarisme et d’ingérence étrangère. Mais au cœur de cette obscurité, l’action du Vietnam illustre une vérité intemporelle : lorsque le monde hésite, c’est la solidarité, le courage et la défense résolue de la vie humaine qui peuvent changer le cours de l’histoire.
Références
Brzezinski, Z. (1983). Power and Principle: Memoirs of the National Security Adviser 1977–1981. New York: Farrar, Straus and Giroux.
Chandler, D. P. (1999). Brother Number One: A Political Biography of Pol Pot. Boulder: Westview Press.
Chanda, N. (1986). Brothers Enemy: The War After the War. New York: Harcourt Brace Jovanovich.
Hun Sen. (2014). Speech at the National Assembly, Cambodia.
Kiernan, B. (2008). The Pol Pot Regime: Race, Power, and Genocide in Cambodia under the Khmer Rouge, 1975–79. New Haven: Yale University Press.
Munro, D., & O’Dwyer-Russell, S. (1999). SAS and the Khmer Rouge: Secret Training Programs in Thailand. London: Independent Investigative Report.
Rowley, K. (2011). Second Life, Second Death: The Khmer Rouge After 1978. Copenhagen: NIAS Press.
«Mettre fin aux Khmers rouges : comment le Vietnam a mis un terme à l’Holocauste oublié d’Asie»